SCERAO-CFDT
Le Syndicat salariés CFDT de la Chimie et de l’Energie pour Rhône Alpes Ouest.

Categories

Accueil > ACTUALITES > Vie des Sections > Sanofi Pasteur. Histoire d’une grève

16 avril 2010

Sanofi Pasteur. Histoire d’une grève

A la suite de notre exceptionnelle mobilisation des dernières semaines, il est l’heure aujourd’hui de faire un premier bilan et d’évoquer notre avenir.

 Le début du conflit

Les inquiétudes des organisations syndicales au niveau du groupe Sanofi Pasteur portaient sur :
- nos emplois : « Transforming », suppressions de postes dans la visite médicale, fonctions centrales, R&D [1], craintes pour la chimie
- nos salaires : on craignait des propositions minables lors de la négociation annuelle des salaires.

Et ce fût le cas : la Direction de Sanofi Pasteur a unilatéralement proposé 1,2 % d’augmentation collective, tout en balayant allègrement les 2 réunions de négociation légales, il n’y eût rien à négocier. Et toute la suite de l’histoire démontrera que la discussion a réellement cessé dans le groupe : il n’y aura désormais plus que des décisions unilatérales de la Direction. Pire, la Direction évoque à mots couverts qu’il n’y aura désormais plus d’augmentation collective et que toute la rémunération des salariés serait à revoir prochainement, ce qui n’augurait rien de bon !!!

Parmi les organisations syndicales, la CFDT et la CGT souhaitaient agir au plus vite ; les autres étaient plus circonspectes…

Le 1er décembre, la CFDT, la CGT et FO ont fait une action symbolique de blocage du site de distribution de Val de Reuil, en posant un cadenas en carton (signe que la mobilisation était suffisante pour bloquer le site) et en remettant la clé -en carton aussi !- à la Direction pour lui signifier que les clés du problème étaient désormais entre ses mains. Les syndicats exprimaient déjà une meilleure répartition des bénéfices, un partage du gâteau plus équitable envers les salariés, ainsi que la responsabilité sociale du groupe qui licencie ses salariés alors que les bénéfices sont exceptionnels, signe d’un mépris total envers les salariés qui ont largement contribués à faire ces bénéfices.

A l’appel de la CFDT et de la CGT qui faisaient suite aux demandes des salariés pour agir, les autres organisations syndicales CFTC, CFE-CGC et FO ont rejoint l’appel à mobilisation pour le lundi 14 décembre.

Nos collègues de Val de Reuil ont été obligés de partir dès le jeudi précédent, car à la suite de l’information syndicale organisée le mercredi, la Direction s’est permise de promettre une prime de 1000 euros à ceux qui ne feraient pas grève, n’hésitant pas à appeler les salariés à leur domicile, ni à effrayer leurs conjoints à l’occasion.

 Les revendications

L’intersyndicale demandait une augmentation de 3% avec un talon de 150 euros par mois et des garanties sur l’emploi.

 Le conflit

Le mercredi 16 décembre, une rencontre [2] a eu lieu à Paris à la demande des syndicats : la Direction applique unilatéralement un talon de 46 euros par mois (= 600 euros par an) et 1,2 % d’augmentation. L’intersyndicale demande plus, la grève continue.

Le vendredi 18 décembre, lors d’une rencontre à Confluent, la Direction Pasteur impose aux organisations syndicales de signer le talon, sinon la Direction le retire ! On aura tout vu ! Les salariés ne sont pas d’accord, la grève continue. Le mouvement est suspendu pendant les 2 semaines de congés de Noël.

 La mobilisation

La première semaine de grève, nous étions 2 sites en grève : Val de Reuil et Marcy l’étoile.
Le lundi 4 janvier, on repart comme en 40, à Val de Reuil comme à Marcy. Le mouvement est dur : les sites sont bloqués jour et nuit. C’est une première dans toute l’histoire du groupe !

Pendant cette 1er semaine de janvier, la mobilisation croît pour atteindre 25 sites mobilisés. Cette mobilisation prenant différents aspects : des tracts, des informations syndicales, des débrayages (une dizaine de sites), des grèves (4 sites).

La 2ème semaine de janvier n’a pas vu les promesses de la mobilisation se réaliser. Et pour cause : la Direction a re-balancé le talon de 46 euros dès le mercredi 6 janvier, dans l’optique d’essoufler la mobilisation groupe.

A Marcy, la Direction nous a confirmé que plus de 1200 salariés au total ont participé à cette grève, avec un pic de 900 salariés sur une même journée.

 La négociation du protocole de fin de conflit

A voir la mobilisation décroître, la question de la fin de conflit se posait : il fallait pouvoir négocier pendant le conflit pour obtenir le maximum. Nous l’avons donc évoqué dès le mercredi 13 janvier, ramenant certes durement à la réalité, mais il est de notre responsabilité d’informer honnêtement les salariés.
Le lendemain d’ailleurs, Val de Reuil votait la reprise du travail et Marcy restait le seul site en grève. Seul problème, de taille : sur 4 syndicats réellement disposés à négocier ensemble la fin de conflit, seule la CFDT l’a exprimé clairement le mercredi, d’où un certain nombre de critiques.

Était-ce trop tôt ?
Non, la fin de la mobilisation à l’échelle du Groupe était déjà une certitude, et négocier la fin de conflit plus tard avec une mobilisation affaiblie n’aurait pas permis d’obtenir les mêmes résultats.

La manifestation du jeudi 14 janvier devant le siège du groupe à Paris a été un succès, la CFDT était bien présente, mais la délégation reçue par la direction n’a rien obtenu de concret… logique au regard de l’absence de mobilisation forte sur les sites du groupe.

Le même jour, des représentants de tous les syndicats à Marcy étaient à la négociation du protocole de fin de conflit, comme ils l’avaient mentionné lors de l’assemblée générale de la veille, ce qui explique leur absence à la manif à Paris.

Le vendredi, le vote des salariés grévistes à Marcy confirmait la reprise du travail à 71,5%.
Le lundi suivant, l’intersyndicale Groupe officialisait la suspension du mouvement dans tout le groupe.

 Les avancées de la grève

- augmentation collective de 1.2% avec un talon de 600 euros par an (46 euros par mois), touché par tous les salaires inférieurs à 50.000 euros (c’est-à-dire tous, sauf les cadres éligibles au bonus)
- arrêt de la règle des 18 mois maximum pour les intérimaires et CDD ; retour à l’application stricte de la loi
- passage du taux de recours au travail précaire à 8 %
- 100 emplois réservés sur Marcy à nos collègues de la chimie de Neuville
- modalités de gestion des heures de grève : max 4 jours de retenue sur salaire, étalés sur 4 mois ; paiement et compensation en CP/RTT pour le reste

 Le comportement de la Direction

Pendant tout le conflit, bien que la Direction de notre site ait largement appelé au respect mutuel, nous nous sommes heurtés au mépris de la Direction groupe.

Depuis la reprise, le climat n’est pas apaisé : le CCE a dû être suspendu à défaut d’une représentation légale de l’employeur, certains responsables tentent d’embrouiller les salariés sur les augmentations...

 Position de la section CFDT pour l’avenir

Nous avons vécu ensemble un moment incroyable de solidarité et d’humanité, nous avons montré notre détermination et notre mobilisation sans précédent, nous avons porté ensemble des revendications justes, mais nous nous sommes heurtés à une direction groupe qui ne veut rien lâcher.

Après trois semaines de grève, c’est d’abord un sentiment d’incompréhension, de démotivation voire de dégoût qui règne aujourd’hui dans l’esprit des salariés. Plutôt que de récompenser le professionnalisme exemplaire dont fait preuve le personnel, Sanofi-Aventis fait désormais le choix d’en abuser en imposant des mesures salariales largement insuffisantes au regard des efforts fournis. Sanofi-Aventis fait également le choix d’instaurer un climat de tension et de discorde en attribuant une prime à certains salariés alors que tous la méritaient.

Mais le plus choquant reste sans aucun doute le mépris avec lequel la Direction a géré ce conflit :
la négociation avec les organisations syndicales restée impossible, la prime H1N1 proposée en échange du droit de grève, les constats d’huissier avec la complicité de la RH...

La CFDT prend donc acte de l’attitude des dirigeants de Sanofi-Aventis, définitivement à la solde d’actionnaires de plus en plus gourmands, et adaptera rapidement sa méthode de travail, à tous les niveaux du Groupe, pour continuer de défendre efficacement l’intérêt des salariés.

Les élus CFDT de Marcy sont convaincus qu’il faut durcir le ton et nous saurons être solidaires dans cette nouvelle étape, avec les autres syndicats.

Alain Chabrier
DSC Adjoint CFDT

Notes

[1recherche et développement

[2Aucune rencontre avec la Direction du groupe n’a reçu le qualificatif de négociation : il n’y a rien à négocier !!!