SCERAO-CFDT
Le Syndicat CFDT de la Chimie et de l’Energie pour Rhône Alpes Ouest.

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20 janvier 2007

Pourquoi pas un revenu minimum de vie de périmètre Européen !

Il est très difficile de savoir qui compose la classe moyenne !
D’ailleurs, si vous faites l’expérience autour de vous, vous remarquerez le nombre important de vos amis et connaissances se déclarant "appartenir à la classe moyenne".
Plus drôle. Le couple d’amis médecins tous les deux émargeant à un peu plus de 6000€ net/mois déclare appartenir à la classe moyenne. Tout comme votre copine célibataire, caissière à Auchan, mais avec un revenu mensuel de 900€ ! Elle a les épaules larges, cette classe moyenne...

Nous le voyons nous avons beaucoup de difficultés à nous situer socialement vis-à-vis de nos contemporains.
Suis-je suffisamment rémunéré au regard de mon travail ? Cette augmentation, que je dois aller réclamer demain, vais-je pouvoir la justifier auprès de mon employeur ?
Je ne parviens pas à boucler mes fins de mois, finalement mes revenus sont-ils insuffisants ou bien alors je gère mal ma trésorerie ?
La comparaison, vis-à-vis de nos semblables en matière de revenus est complexe, mais elle l’est encore plus, si l’on s’interroge vis-à-vis des autres pays de la zone Euro (13 pays), puis vis à vis de l’Union Européenne (27 pays) et pire par rapport autres pays du monde.
Sommes-nous en France plus riches ou plus pauvres ques nos parents au même âge ?
Il est pourtant essentiel de pouvoir se situer le plus objectivement possible.
Si on parvient à répondre à cette question, en apparence toute simple, on parvient alors à mieux appréhender d’autres grandes questions de société.
Suivant notre tranche de revenu, nous pourrons avoir une meilleure visibilité de notre pouvoir d’achat et du coût de la vie ! Cet éclairage aidera nos concitoyens à se positionner sur la nécessité ou pas de réévaluer le SMIC et du montant de cette réévaluation.
D’ailleurs, le débat n’est toujours pas tranché depuis maintenant juin 2005 pour savoir si oui ou non l’Euro a fait flamber les prix ?

Si l’exercice est difficile à appréhender pour nous, il l’est aussi pour des organismes officiels dont c’est le travail quotidien.
En France, on a pour habitude de considérer une personne pauvre si son revenu est en dessous de 657€/mois. Cela concerne dans l’hexagone à ce jour, 3,6 millions de personnes.
En revanche, si l’on choisit une référence Européenne, alors le seuil de pauvreté est à 788€/mois et cette fois, il y a 7 millions de personnes concernés en France.

Devant ces questions de Société la tentation est grande pour un grand nombre de Syndicalistes de réclamer un SMIC Européen !
Cela ne permettrait pas de résoudre tous les problèmes bien sûr ! Mais nous pourrions au moins limiter le "dumping" salarial et l’esclavage dans certains pays à faible niveau social. [1]

La CFDT a débattu de cette question lors du congrès confédéral de juin 2006 à Grenoble.
Un débat a porté sur la conception de l’Europe sociale. Le congrès a rejeté l’idée de fixer des règles sociales européennes harmonisées par le haut, dont la fixation d’un SMIC européen. L’argument étant que les niveaux sociaux sont encore trop hétérogènes et ne permettent pas encore une harmonisation par le haut.
Bien sûr, nous respectons ce choix.
Bien sûr l’instauration d’un SMIC européen ne devait pas se calquer sur le niveau le plus haut pratiqué dans l’un des 27 pays. Mais l’idée d’imposer simplement l’existence d’un SMIC dans chaque pays avec une valeur au départ différente dans chaque Etat aurait été un premier pas vers une harmonisation sociale de l’europe.
Les disparités de niveaux de vie sont effectivement encore trop importantes entre les différents pays de l’union pour espérer un tel ajustement. D’ailleurs, lorsqu’on fixe un seuil de pauvreté dans les pays de l’union, la somme est relative en valeur absolue. Ce seuil de pauvreté est bien corrigé en rapport du niveau de vie et du pouvoir d’achat intrinsèque au pays concerné. Si l’on est pauvre en France, avec 788€/mois alors on est aisé en Roumanie avec cette somme.

C’est pourquoi, nous devons aller encore plus loin dans cette réflexion.
Puisque nous ne pouvons pas raisonner en terme de gain pour un individu (puisque avec le même gain une personne sera riche en Roumanie et pauvre en France), alors nous pourrions très bien raisonner en terme de dépenses "minimales vitales".

Dans chaque pays de l’union, nous pourrions fixer les dépenses incompressibles minimales à couvrir pour ne pas être sous le seuil de pauvreté.
Ces dépenses, incompressibles, pourraient être classées en catégories répondant aux besoins fondamentaux :
- se nourrir
- s’habiller
- se loger
- se chauffer
- communiquer
- se déplacer

Avec ce système, les différences de niveau de vie de chaque pays deviennent moins rédihibitoires.
En finalité, peu importe le montant national du SMIC (en valeur absolue), si le SMIC perçu (valeur relative) permet de subvenir à tous les besoins fondamentaux (à définir par l’ensemble des pays de l’union) en France, en Allemagne ou en Roumanie.
Il est probable, que le montant de la catégorie "communication" sera plus élevé en France que dans d’autres pays. Un Français pour trouver du travail doit aujourd’hui pouvoir se payer :
- un téléphone cellulaire
- une connexion rapide à Internet.
C’est le minimum, pour ne pas être désociabilisé dans un pays riche comme le nôtre.
Dans d’autres pays, non seulement cette obligation de société n’est peut être pas aussi prégnante, mais les forfaits téléphoniques sont peut être bien moins coûteux.
A contrario, la catégorie "chauffage", elle sera plus élevée en Autriche qu’au Portugal, car les températures moyennes y sont plus clémentes.

Soyons utopiste !
Non seulement nous pourrions moduler le montant d’un SMIC dans chaque pays de l’union, mais nous pourrions appliquer ensuite, la même démarche au sein d’un pays, dans chaque région.
Qui n’a jamais entendu un proche (habitant à Paris) déclarer toucher 200€ de plus que le SMIC et pourtant ne pas parvenir à boucler son budget ?
Dans la capitale, on peut travailler, être rémunérer plus que le SMIC et néanmoins se trouver dans l’obligation de se rendre régulièrement au restaurant du coeur.
C’est une gageure, mais il est plus intéressant d’être payé au SMIC dans le Larzac qu’à Cannes.

En fait, ça serait un seuil minimal de ressources.

On pourrait même proposer que ce seuil intègre toutes les ressources, revenus du travail, autres revenus et ressources issues de la redistribution (solidarité nationale, allocations familiales, aides diverse et variées publiques ou privées).

Aujourd’hui le SCERAO lance le débat dans la CFDT et dans la société.
A ajuster, modifier, creuser...
Nous devons faire entendre notre voix et profiter des élections de 2007 qui se profilent pour inventer un tel système.

Notes

[1Il existe d’autres dumping plus dangereux encore pour l’équilibre fiscal des pays de l’union.
Comme l’évasion fiscale, vers les cantons suisses des grands groupes internationnaux. COLGATE PALMOLIVE, PROCTER ET GAMBLE...
Nous traiterons de ce point dans un autre article.