SCERAO-CFDT
Le Syndicat CFDT de la Chimie et de l’Energie pour Rhône Alpes Ouest.

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6 janvier 2017

Notre pays perd un immense syndicaliste

La mort de François Chérèque plonge les adhérents du SCERAO dans une profonde tristesse. Depuis lundi, les messages de condoléances qui affluent témoignent du grand monsieur qu’il était.

François, par ses combats, son courage et son esprit visionnaire aura contribué à forger l’histoire du syndicalisme, et à améliorer la vie de millions de salariés.

François Chérèque était un homme courageux. Il était deuxième ligne de rugby, puissant physiquement, et tout au long de sa vie syndicale il n’a jamais hésité à se jeter dans la mêlée. Pour défendre les salariés, tout particulièrement les précaires, les jeunes, les pauvres, les invisibles, sa détermination et son sens de l’adversité étaient inépuisables. L’ « épisode » des retraites de 2003 a marqué son parcours de dirigeant syndical. A cette époque, François, qui venait tout juste de succéder à Nicole Notat, a pris le risque d’engager la CFDT sur une voie impopulaire, parce qu’il savait que c’était nécessaire pour préserver le système des retraites par répartition et surtout la justice sociale. Il était seul, mais il avait raison : quinze après, ceux qui l’avaient désavoué le reconnaissent. Et si plus d’un million de travailleurs qui ont commencé à travailler très jeunes ont pu prendre leur retraite avant l’âge légal, c’est à François qu’ils le doivent. Ils sont d’ailleurs nombreux à adresser leurs témoignages depuis l’annonce de son décès.

François était réformiste et impatient. Il ne confondait pas compromis et résignation. Il savait que regarder la réalité en face est la seule façon de la transformer vraiment. Obsédé par l’utilité et l’efficacité de l’action syndicale, on l’a vu pousser quelques « coups de gueule » parce qu’il avait une exigence : ne jamais se couper du terrain. Fils de sidérurgiste ayant grandi à l’ombre des hauts fourneaux de Pompey en Moselle, il en revenait sans cesse aux vies quotidiennes, aux préoccupations concrètes des salariés. Il multipliait les déplacements, les rencontres, les débats, avec d’autant plus d’intérêt qu’il aimait sincèrement les gens. Une grande affection le liait aux militants.

François n’avait aucune patience pour les petits jeux de posture. Par contre il aimait la confrontation d’idées et il aimait négocier. Sa parole était la même en public et en privé, quel que soit le statut de son interlocuteur, et il était fidèle. C’est par le dialogue social, loyal et exigeant, qu’il allait chercher et parfois arracher des résultats et des avancées pour les salariés.

L’action de François rejoignait l’ambition fondatrice de la CFDT : faire advenir, par le syndicalisme, l’émancipation individuelle et collective. Il voulait que les salariés aient voix au chapitre, qu’ils participent à toutes les décisions qui les concernent. Que la démocratie s’impose partout et aussi dans l’entreprise. Ses engagements syndicaux et associatifs témoignent de sa confiance dans l’action collective et dans les initiatives « d’en bas » pour transformer la société. Il ne se serait sans doute pas reconnu dans le qualificatif « d’homme d’Etat », parce qu’il était avant tout, au sens le plus noble de ce terme, un militant.

Si la lutte pour la justice sociale a été le fil rouge de sa vie, c’est qu’il l’avait dans les tripes une grande humanité, doté d’une empathie exceptionnelle. C’est cette sensibilité particulière pour les personnes fragiles qui l’a conduit à travailler en psychiatrie, puis à pratiquer un syndicalisme d’abord soucieux du sort des précaires. C’est elle qu’il l’a mené à s’investir à fond dans les deux missions qui lui ont été confiées par la suite : la mise en œuvre du plan de lutte contre la pauvreté et le haut-commissariat à l’engagement civique. Au fond il est toujours resté un éducateur. Quand vous marchiez dans la rue avec lui, il n’était pas rare de croiser des enfants handicapés naturellement « attirés » par François.

Au quotidien s’il pouvait être bougon voir rugueux, il était aussi réconfortant et attentif à chacun. Presque papa poule, comme il disait. Toutes les personnes qui ont eu la chance de croiser sa route se sentent aujourd’hui tristes et orphelines. Nous soutenons sa compagne, ses deux fils et sa petite fille, ses parents et ses frères.

François Chérèque était un ardent défenseur du progrès. Face aux défis de notre époque, à la fragilité de la démocratie et aux angoisses de la société, sa vision du monde était d’une grande modernité, sa conception des réformes et son éthique de responsabilité. A la CFDT, nous sommes fiers de l’héritage qu’il nous laisse. Nous ferons en sorte d’en être à la hauteur.

P.-S.

François a adhéré à la CFDT en 1978, dès qu’il a commencé à travailler en tant qu’éducateur spécialisé auprès d’enfants autistes. Rapidement il a pris des responsabilités, à l’UD CFDT des Alpes-de-Haute-Provence puis à la Fédération CFDT Santé Sociaux, avant qu’il ne succède à Nicole Notat en 2002. Pendant 10 ans à la tête de la CFDT, c’est peu de dire qu’il a incarné un syndicalisme qui refuse l’immobilisme et le corporatisme. A son contact, la CFDT s’est affirmée par une organisation irriguée par le réel, lucide sur les contraintes du monde mais absolument déterminée à forger une société plus juste et plus solidaire.