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Le Syndicat salariés CFDT de la Chimie et de l’Energie pour Rhône Alpes Ouest.

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27 mars 2017

Laurent Berger chez Michelin à Roanne

Mardi 21 mars 2017, Laurent Berger a rencontré l’équipe CFDT de Michelin à Roanne pour faire le point sur le "Pacte d’avenir", signé il y a 2 ans entre la direction de Michelin et les représentants des salariés (dont la CFDT). Laurent Berger était accompagné de Dominique Bousquenaud (Secrétaire général de la FCE) d’Elisabeth Le Gac (Secrétaire générale URI AURA), Laurent Picotto (Secrétaire général UD 42) et Eric Triplet (Secrétaire général du SCERAO).

Le site Michelin de Roanne (Loire) a échappé de justesse à une lourde restructuration. Ce "pacte d’avenir" a permis de repositionner l’unité de 850 salariés sur le créneau des pneumatiques ultra hautes performances (19, 20, 21 pouces).

«  Si on n’avait pas bougé, la foudre serait tombée… Ce Pacte d’avenir a permis de sauver le site. », précise Jean-Daniel Béal le Délégué Syndical CFDT. En discutant avec l’équipe CFDT, Laurent Berger a pu s’apercevoir que cela venait concrètement illustrer ce que les chiffres de l’enquête Parlons travail ont révélé le 16 mars dernier.

Pour comprendre ce qui s’est passé, il faut remonter en janvier 2014, lorsque l’intersyndicale écrit à la direction de Michelin, inquiète pour l’avenir du site de Roanne suite à un Comité central d’entreprise et échaudée par le PSE de Joué-lès-Tours qui avait entrainé 706 suppressions de postes. Après un silence de 6 mois, la direction accepte d’entamer la discussion et de lancer un état des lieux industriel inédit avec les organisations syndicales : la transparence atteint un niveau jamais vu en échange d’une confidentialité totale. Un travail en pleine confiance se met en place entre les acteurs. Ce travail, et la négociation qui suit, va durer 9 mois et aboutit à la signature par la direction et trois syndicats (dont la CFDT) d’un Pacte d’avenir.

Ce pacte a été validé par 95 % des salariés lors d’un référendum organisé par les syndicats à l’extérieur de l’usine (contre l’avis de la direction). Il prévoyait un investissement de 80 millions d’euros, dont 2 millions destinés à la qualité de vie au travail, et une réactivité plus forte avec le passage à une activité 7 jours sur 7 (contre 6/7 jusque-là).

Deux ans plus tard, la satisfaction est quasi générale au sein de l’usine et de la section CFDT. L’investissement est bien au rendez-vous (et même plus rapidement que prévu) avec de nouvelles machines permettant la fabrication de pneus ultra haute gamme (secteur en croissance de 6 %). Douze machines ont déjà été installées depuis septembre 2016 et une nouvelle machine arrive toutes les trois semaines.

Ces nouvelles machines ont entrainé un changement de procédés de fabrication dans la moitié de l’usine. Il a donc fallu que la moitié des salariés change de métier en quelques mois. Cela faisait partie du plan d’investissement et 400 d’entre eux ont suivi une formation lourde. Les militants CFDT voient d’un bon œil ces changements : « Il y a davantage de diversité et d’intérêt sur ces nouveaux postes, on n’est plus des robots qui répétons 400 fois le même geste dans la journée. Cela a permis des évolutions personnelles très appréciées.  »

Le pacte d’avenir prévoyait aussi une action importante pour la qualité de vie au travail. La partie la plus visible est l’ouverture d’un restaurant d’entreprise au début du mois. Il est déjà plébiscité avec plus de 100 utilisateurs quotidiens, alors qu’une cinquantaine était attendue. De nombreux espace ont également été complètement rénovés : vestiaires, toilettes…

Mais où le changement est le plus profond, c’est avec l’implication des salariés dans les décisions qui les concernent. Les nouveaux postes de travail ont par exemple été réfléchis avec les salariés, l’ergonome et le CHSCT. « Ce n’est pas le chef qui décide seul de l’organisation du poste de travail, si le salarié a une solution qui va lui faciliter le travail, c’est étudié et généralement mis en place, » a expliqué Jean-Daniel Béal (DS CFDT) à Laurent Berger.

Cette volonté d’associer les salariés pour trouver des solutions ensemble est nouvelle, allant même jusqu’à prévoir un budget pour aménager son poste de travail. Autre changement tout simple qui donne prise aux salariés sur leur organisation : le fait de pouvoir piloter soit même ses congés via un logiciel, ou la possibilité de contacter directement ses supérieurs.

Cette volonté de donner prise aux salariés sur l’organisation de leur travail est saluée par les premiers intéressés mais la direction se félicite aussi de ce choix puisque l’usine de Roanne a désormais le meilleur taux d’engagement des salariés en France. Le dialogue social n’a pas seulement permis de sauver le site, il a aussi profondément modifie les relations au sein de l’entreprise. On y ressent un respect mutuel, malgré les difficultés qui subsistent évidemment ou les intérêts parfois contradictoire. En repositionnant l’usine sur un nouveau secteur pour mieux répondre aux attentes des clients, c’est le travail qui a été remis au centre et avec lui les travailleurs.

Cette rencontre fait écho aux résultats de notre enquête Parlons travail où 73 % des répondants disent vouloir être associés aux décisions qui concernent leur entreprise.

L’enquête montre aussi le lien entre autonomie et bien-être au travail. Les premiers retours d’expérience à Roanne semblent bien aller dans ce sens. Gageons que d’autres directions d’entreprises sauront se laisser convaincre de se lancer sur cette voie, tout le monde en ressort gagnant !

Le groupe Michelin possède 16 unités de production en France et fabrique 170 millions de pneumatiques par an.