SCERAO-CFDT
Le Syndicat CFDT de la Chimie et de l’Energie pour Rhône Alpes Ouest.

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22 novembre 2008

L’affaire Rhodia

Le Syndicat SCERAO CFDT a sur son champ professionnel plusieurs établissements de la multinationale Rhodia.
Nous avons donc naturellement pris connaissance de cet ouvrage pour apporter nos réflexions, notre critique sur « L’AFFAIRE L’histoire du plus grand scandale financier français ».
Nous conseillons sa lecture aux salariés à la retraite, ceux qui ont été licenciés (victimes d’un plan « soit disant » social), ceux qui n’appartiennent plus au groupe RHODIA (car leur société a été vendue), et dont certains apportent encore aujourd’hui leur savoir faire car ils travaillent toujours dans le Groupe. Ils seront certainement intéressés par la « démonstration »...

Disons-le tout de suite, ce livre est excellent. Il nous apporte un éclairage que nous, Organisation Syndicale, subodorions sans pouvoir le démontrer !
Formidablement documenté, incroyablement précis, chirurgical dans les détails, les dates, les déclarations, les rencontres, les nominations, les re-capitalisations, les évictions, les changements de cap, les bruits d’OPA, les démentis...
Nous savons de quoi nous parlons. Toute « l’aventure », jusqu’à aujourd’hui nos équipes CFDT l’on vécue et la vive toujours aux premières loges. Nous sommes amplement informés et ce livre ne nous a pas vraiment apporté de scoop. D’ailleurs, si nous reprenons les tracts CFDT de l’époque, nous avions dénoncé l’achat pour le moins étrange de la société Albright et Wilson.
Acquérir une Entreprise Anglaise, fabriquant des Phosphates, c’était une décision pour le moins bizarre, alors que quelques années avant notre Groupe s’était débarrassé de ses phosphates prétextant que cela n’entrait plus dans notre stratégie !…
Nous avions dénoncé le montage financier extrêmement complexe présenté par TIROUFLET pour cet achat surévalué.
Nous avions dénoncé le risque pour Rhodia de ne pouvoir être rentable par la suite avec l’achat de Albright et Wilson puis de CHIREX plus tard qui étaient beaucoup trop gros pour RHODIA...
Malgré ses nombreuses interventions dans les instances (Comité Europeen , Comité de Groupe France …), CFDT n’a été ni écoutée ni entendue , tout comme Daniel LEBARD haut cadre dirigeant, que ce soit par nos dirigeants ( et pour cause !.. ), ou même les médias ou les politiques…

Nous sommes donc en désaccord avec Mr LEBARD, losqu’il se dit être seul a réagir.
Il suffit de reprendre les déclarations et les tracts CFDT, pour voir que nous aussi avons réagi, protesté, dénoncé…
Dans son ouvrage il ne fait aucun cas de nos prises de positions . Il est vrai qu’il est avant tout un « grand patron » et que le syndicalisme ne doit pas être sa tasse de thé ….

Mais, le livre n’est pas seulement intéressant par sa précision dans le déroulement de l’affaire RHODIA, il l’est aussi sur un autre niveau que M. Daniel LEBARD ne soupçonnait même pas, lors de son entretien.

Ce brillant polytechnicien se présente comme un homme intègre, droit, emprunt des valeurs morales d’un entrepreneur digne de ce nom. Ce que nous ne mettons pas en doute.

- Mais au détour des pages, nous relevons quelques perles : (P26)
M. D LEBARD est approché par TIROUFLET pour prendre la direction temporaire de Albright et Wilson.
Ghislaine OTTENHEIMER : « Bon, c’est purement formel . En réalité vous êtes l’homme de RHODIA !
La réponse de LEBARD ne manque pas de sel.
Daniel LEBARD : « Non. Juridiquement , si je devais être "l’homme de quelqu’un", je ne saurais être que "l’homme de DONAU"...
En réalité je suis indépendant. »
Fantastique !
Daniel LEBARD est intimement convaincu être totalement indépendant... Et en plus, il l’écrit avec force.
Il est ni plus ni moins embauché par TIROUFLET, mais parce que juridiquement, c’est la société DONAU qui est propriétaire de Albright et Wilson et bien Daniel LEBARD se pense indépendant du groupe RHODIA. Il est certain que cette approche de la situation devait rendre dingue TIROUFLET. On comprend mieux ses déboires devant la justice. Daniel LEBARD est outré par le cynisme des dirigeants de RHODIA et les dirigeants eux, ne conçoivent pas qu’il ne comprenne pas où est l’intérêt supérieur de la société qui l’emploi.
Daniel LEBARD accuse les différents protagonistes de l’affaire RHODIA d’être tous des bandits. Mais en réalité, la seule différence entre toutes ces personnes et Daniel LEBARD, c’est leur seuil de déclenchement de l’indignation. Nous devons reconnaître que celui de Daniel LEBARD est nettement plus bas que celui des autres.
Cette sensibilité légitime lui apporte les premiers vrais ennuis de sa carrière.

- Un autre exemple : (P200)
Daniel LEBARD : « Que la Commission se permette des libertés vis-à-vis des règles du marché commun pour défendre des intérêts européens, soit. Mais qu’elle le fasse au détriment des actionnaires minoritaires de RHODIA, ce n’est pas acceptable. »
Ah bon ! Il y a donc des règles que l’on peu violer au sein de la Commission européenne, si cela aide une grande entreprise européenne, mais pas si cela lèse des petites actionnaires de RHODIA. Par contre, on ignore comment doivent être traité les gros actionnaires de RHODIA ? Avec mépris ou pas ? Il n’y a pas de précision sur ce sujet.

La vérité, c’est que Daniel LEBARD est un grand dirigeant d’entreprise comme les autres. En tant que tel, il a l’habitude des petits arrangements sans conséquence, des petites omissions, des légères distorsions de la vérité, des subtils escamotages, des témoignages ne retranscrivant pas tout à fait la réalité... Ici, chacun des responsables de RHONE POULENC, RHODIA et AVENTIS a pris sa petite part au mensonge collectif.
Nous sommes en présence de grands groupes mondiaux, ces petites distorsions conduisent inexorablement à l’affaire RHODIA. Plus nous avançons dans le temps, plus le mensonge devient gros et évident, plus il y a de hauts responsables impliqués dans l’affaire et qui ne peuvent plus reculer.

Pour remettre les compteurs à zéro, il faut que les responsables soient maintenant jugés.

Au SCERAO CFDT, nous ne nous berçons d’aucune illusion sur la suite des événements. Il suffit pour s’en convaincre, de se rappeler du scandale de la LYONNAISE DES EAUX en 1994, celui du CREDIT LYONNAIS en 1993, VIVENDI-UNIVERSAL en 2001, plus près de nous, l’affaire de la SOCIETE GENERALE et de la CAISSE D’EPARGNE...
Le plus étonnant dans les propos de Daniel LEBARD, est qu’il soit intimement et viscéralement convaincu de la moralité du système qu’il sert. Parce que pour une fois, ce monsieur a été heurté par les agissements de plusieurs dirigeants, il pense pouvoir se lancer dans une bataille victorieuse contre ses semblables de l’establishment issus des mêmes grandes écoles que lui.
Qu’il pense avec son livre (au demeurant très instructif), pouvoir lever demain, dans les rues une armée de contestataires de tous les bords politique qui permettra que la justice soit enfin rendue !
Enfin, Plus tard, la « gangrène » du système capitalisme éliminée grâce à son intervention littéraire salvatrice, les affaires pourront reprendre, les dirigeants se gaver de stocks options, de gros salaires et de parachutes dorés.
On croit rêver !

Il est effrayant à travers cet ouvrage de réaliser la candeur des soit-disantes « élites » qui nous dirigent.
Cela en devient pathétique.