SCERAO-CFDT
Le Syndicat CFDT de la Chimie et de l’Energie pour Rhône Alpes Ouest.

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16 juillet 2008

Humeur sur le scandale de l’UIMM

Quelles sont nos moyens de vie ?

Avec l’affaire de l’UIMM [1], la défense principale de M. Denis Gauthier-Sauvagnac jusqu’à ce jour, est d’annoncer publiquement que les 20 millions d’€uros ont été dans la poche des Syndicats...
Il ne précise pas à quels Syndicats ? Ni comment ? Ni pourquoi ? Ni quand ?
Maintenant, les accusations sont sur la place publique, l’opprobre et la suspicion sont jetée en masse sur l’ensemble des Syndicats Français ! Le publique s’interroge, s’inquiète. Sont-ils tous pourris ?

Nous allons essayer de démêler le vrai du faux, la réalité, des idées reçues.
Notre confédération est formée de 1700 Syndicats comme le Syndicat Chimie Energie Rhône Alpes Ouest [2], parfois plus petits, parfois plus importants.
Si nous ne pouvons pas nous avancer, ni nous exprimer pour les autres Syndicats CFDT de France, nous pouvons tout au moins expliquer dans ces pages, comment le SCERAO est financé.

La CFDT revendique être un Syndicat d’adhérents. Pour cela, chaque adhérent doit être à jour de ses cotisations. L’adhésion assure un revenu permanent à l’organisation et lui permet de s’exprimer et de se positionner avec le plus d’indépendance possible.
L’organisation bénéficie d’autres sources de revenus, mais la cotisation est la ressource la plus importante. Concernant le SCERAO CFDT, elle nous assure une autonomie de fonctionnement à plus de 95% !
L’adhérent est bien au cœur de notre fonctionnement ! Sans adhérents, plus de cotisations, plus de cotisations plus d’indépendance financière et plus de syndicat.
Au SCERAO, nous avons une responsabilité et une exigence supplémentaire vis à vis de nos adhérents. Nous sommes aussi employeurs. Nous payons les salaires et les charges sociales d’une assistante administrative et d’une comptable à mi-temps. Ces personnes bénéficient de la convention collective nationale des industries chimiques [3].
Nous ne pouvons pas nous permettre de ne pas payer nos salariés ! Nous devons répondre aux exigences de nos adhérents pour continuer à recevoir leurs cotisations.

Nous avons au SCERAO comme dans bien d’autres Syndicats une autre ressource pour fonctionner.
Il s’agit de la mise à disposition de salariés par certaines entreprises privés ou publiques. Souvent, les modalités ont donné lieu à un accord « Droit syndical ».
Des salariés sont payés par des entreprises et travail uniquement pour le SCERAO. Ce personnel détaché représente au total environ 3 personnes en équivalent temps plein.
Un raisonnement simpliste tendrait à dénoncer ces agissements. Il n’est pas normal que des entreprises payent du personnel qu’elles ne voient presque jamais.
Une société comme la France est un organisme complexe. Il n’y a pas, comme des esprits simples veulent le faire croire, des gens dans les usines qui produisent des biens et des dirigeants qui surveillent les ouvriers qui produisent !
Pour que tout cela fonctionne, il faut des temps et des espaces d’échanges pour organiser entre eux les différents acteurs. Les garçons coiffeurs n’ont pas les mêmes problématiques que les cadres d’une entreprises de recherche dans les hautes technologies. Ces échanges, ces dialogues, ces confrontations sont organisés par les Syndicats de salarié, les Syndicats de chef d’entreprise et l’Etat. Ce sont ces échanges permanents qui définissent le code du travail, les lois, les décrets. Pour faire court, c’est le monde dans lequel vous vivez, dans lequel nous vivons toutes et tous !!

- L’état pour assurer le dialogue dispose d’un personnel spécialement formé à cette mission. Il s’agit des hauts fonctionnaires. Ils sortent souvent de l’ENA.
- Les patrons s’organisent en Syndicats patronaux. Nous connaissons tous le MEDEF, mais il y a d’autres Syndicats patronaux comme la CPGME, les Syndicats d’Artisans...
Et il n’est pas rare que les patrons de grande entreprise comme TOTAL, RHODIA, SANOFI reçoivent une rémunération de l’entreprise dans laquelle ils sont employés et passent une partie de leurs temps dans le Syndicat patronal !
- Et les syndicatsde salarié ? En France, nous n’avons pas d’écoles spécialisées pour devenir Syndicaliste. L’apprentissage s’effectue sur le terrain. C’est la passion du militantisme qui anime le plus souvent ces femmes et ces hommes qui siègent dans les Syndicats de salariés.
Si des grandes entreprises comme EDF, SUEZ, GDF, RHODIA, TOTAL, RENAUT... Ne permettent pas à certaines personnes de faire du syndicalisme à plein temps et bien l’Etat et les Syndicats patronaux n’auraient pas d’interlocuteurs pour assurer le fonctionnement de la Société France.
Les différentes réformes ne pourraient se résoudre que dans le conflit permanent. Or, une société complexe, riche et moderne comme la France exige un haut niveau de dialogue social.
Un dialogue social de qualité prends du temps et coûte de l’argent.
On le voit bien, ce prêt de personnel n’est pas un scandale démocratique, ni des emplois fictifs, ni de la subordination, ni des peaux de vins, ni de la corruption. C’est au contraire ce qu’exige une démocratie moderne pour fonctionner pleinement et se transformer progressivement.

Alors quelles sont les entreprises qui « prêtent » du personnel à nous Syndicats de salariés ?
En principe, sauf exceptions, il s’agit de grosses entreprises dans lesquelles le dialogue social existe depuis toujours et qui savent bien que les syndicats sont incontournables. Souvent, elles disposent de moyens financiers confortables. C’est mieux ! Elles emploient du personnel qualifié qui bénéficie de la formation tout au long de la vie bien plus que dans les PME et TPE. Tout cela contribue au meilleur fonctionnement possible de notre système syndical. Il n’est pas idéal, mais c’est le nôtre.
Nous le voyons cette question du financement est éminemment complexe.

La CFDT consciente de cette problématique souhaite depuis longtemps que ses comptes soient publiés officiellement.
Nous préférons devoir expliquer la réalité, plutôt que de subir des fausses allégations. Mais cette information doit être juste ! Tous les Syndicats doivent se plier à cet exercice. Les Syndicats de salariés, mais aussi les Syndicats patronaux. Si cette nouvelle étape du jeux démocratique n’est pas franchie, alors nous verrons surgir de temps à autre, ici ou là, des scandales comme celui de l’UIMM !
Le grand public restera alors le jouet des démagogues de tout poils qui dénoncent un : « tous pourris » et mettent en péril notre république et sa démocratie.

Notes

[1Union des Industries des Mines et de la Métallurgie

[2S.C.E.R.A.O

[3CCNIC